Prendre le chemin

Voilà c’était ma première journée au boulot. Celle d’après, celle d’avant. Que dire. J’étais sereine, parce que je ne vais généralement pas à mon travail à reculons, parce que mon travail me plait même si je pourrais trouver quelque chose de plus utile à la Société, parce que j’ai des chouettes collègues et une binôme en or.

A 9h30 quand j’ai remonté la petite rue de l’agence, mon nez a commencé à piquer, et mes yeux à se mouiller… La dernière fois que j’avais fait ce chemin, j’étais enceinte de ma petite fée. Je nourrissais encore en moi l’espoir, un espoir entaché mais perçant malgré tout. Je cachais encore mon ventre aux yeux des autres, espérant que les nouvelles soient bonnes pour enfin leur annoncer.

L’accueil fut bon. Puis le collègue dont la femme est enceinte est arrivé, j’espérais au fond de mon coeur que l’accouchement aurait eu lieu pendant mon absence. Et puis non. C’est pour aujourd’hui ou demain. Il est sur le qui-vive. Près à vivre ce merveilleux moment qui quand j’y pense me fait monter une boule dans la gorge remplie de sanglots.

J’ai essayé de le faire taire dans ma tête, je lui disais « tais toi, tais toi, tais toi.. ».

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Puis ma douce collègue a demandé par message comment j’allais car elle me trouvait une petite mine moi qui avait pourtant fait le rare effort de me maquiller. Je lui ai expliqué ce besoin de bond dans le temps, et les larmes sont montées, purée, je me fendille si facilement. Cette sensation d’être forte et un bris de verre, 2 secondes après, ça me rappelle tant Alice.

Pour couronner le tout, à la pause détente de 16h, j’entends ma binôme féliciter un autre collègue. Je comprends immédiatement, je fais face, puis elle lui demande « de combien? » : 4 mois et demi. Autant vous le dire, la vie est une pute. J’ai eu envie de m’envoler bien loin, là où plus rien ne pourrait m’atteindre. Ni ceux qui ne le font pas exprès, ni la méchanceté de ceux qui n’ont que ça pour exister.

En rentrant dans le métro, je lisais le livre d’Ingrid Chauvin. Purée. C’est tellement inhumain toute cette peine concentrée dans le coeur de certains. Croyez-moi, nous ne sommes pas tous égaux. Loin de là.

Je vous embrasse mes douces copinettes.

 

Laure

 

Ps : Pour plus d’intimité, je fermerai les prochains articles très persos par mdp. Si cela ne fonctionne pas, et que vous n’arrivez pas à lire envoyez moi un mail à : partoutoujesuistues@gmail.com

~Alauga~

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Alauga c’est un peu de nous 3 : Alice-Laure et Gaëlle.

Mes soeurs, je les ai dans la peau, c’est un bras, une jambe, une partie de mon coeur.

Mes soeurs c’est toute mon enfance, l’apprentissage de la vie, la complicité immense de faire bloc toutes ensemble, ce sont mes repères, mes piliers de vie, c’est se réveiller la nuit pour faire faire pipi à la dernière, c’est se raconter des histoires ensemble, jouer à la famille royale, se déguiser, être toujours la princesse car la reine ça fait vieux, c’est filer se cacher quand les parents reçoivent des invités, c’est être 3 sinon rien, c’est se défendre coute que coute peu importe les conséquences, c’est des nuits entières passées à parler, à se confier, c’est imaginer le futur, faire des plans sur la comète, vivre nos premières conneries ensemble, imaginer des soirées sans les parents pour faire les grandes, c’est faire sa vie s’éloigner un peu, c’est souffrir de leur mal être, faire l’autruche parfois pour se protéger, c’est appuyer là où ça fait mal pour qu’enfin ça aille mieux, c’est se retrouver et occulter tous les autres autour pour tout se raconter, c’est se blesser pour un rien, c’est avoir peur de les perdre tout le temps, à cause de tout, la cigarette, l’anorexie, la route, tout…

Et pourtant la peur ne protège en rien.

Avoir 2 soeurs c’est rêver un jour endosser le joli rôle d’être super Tata Lolo/Laurette ou peu importe. Bizarrement nous sommes(étions) toutes les 3 animées par la même envie viscérale : avoir des filles. Pourquoi ? Est-ce notre relation si précieuse que l’on veut recréer ? Qui ne rêverait pas de vivre avec ses 2 meilleures amies ?

Et puis la vie… Ma vie…

Celle qui me gâche trop de bonheurs ces temps ci, ces bonheurs qu’on ne peut pas recréer plus tard qui seront empreints malgré eux de cette mort qui rode.

Perdre une soeur pour avoir une fille.
Perdre une fille pour être tata..

Je vais être tata. Si vous saviez. Quand je l’ai appris, j’en ai pleuré. J’ai tellement attendu ce moment et pourtant aujourd’hui j’en souffre aussi.

Chienne de vie. J’ai la haine parfois, ça me prend à la gorge, je suis en colère, j’aimerais changer ces ratures, réécrire l’histoire, la vraie version celle qui aurait du être publiée, j’aimerais taper quelqu’un, lui en vouloir, le détester mais personne n’y peut rien.

Je vais continuer de tracer ma route. Entourée du mieux que je puisse, éloigner la pourriture loin, loin de moi et espérer que le pire soit derrière moi… même si je n’y crois pas.

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